LE « CORPUS » D’HELENA ALMEIDA S’EXPOSE AU JEU DE PAUME

par Jonathan Lang
© Helena Almeida
Seduzir (2001) © Helena Almeida

Je suis allé découvrir l’exposition « Corpus » d’Helena Almeida. Le Jeu de Paume offre une rétrospective rassemblant peintures, photographies, vidéos et dessins. Largement « conditionné » par les nombreuses parutions relatives à l’exposition, je me retrouve au Jeu de Paume guidé par cette injonction du « À voir absolument !». Helena Almeida est considérée comme l’une des plus grandes artistes contemporaines portugaises.

Un départ déroutant

La première salle de l’exposition est consacrée aux tableaux déstructurés d’Helena Almeida. On fait face à des cadres démantelés où la toile semble glisser sur le cadre comme pour s’échapper ou tout simplement tomber. Je reste interrogatif. Je cherche de l’aide dans le livret de l’exposition : « Processus de déconstruction des supports artistiques traditionnels ».

Sans Titre
Sans Titre © Helena Almeida

Plus loin, on découvre des photos en noir et blanc dans lesquelles est incorporé un fil de crin de cheval. Fil appliqué sur des esquisses en carton et papier. Je me laisse guider par les mots laissés par l’artiste : ce fil est un moyen pour Helena de lutter contre son insatisfaction envers les questions d’espace. Très bien.

Sente Me © Helena Almeida

Un peu perdu entre ses œuvres que je ne parviens pas à relier au cartel, j’ai le sentiment de courir après une explication. Je décide finalement de vivre cette exposition autrement, librement, personnellement. Sans la pression de ceux qui m’entourent, qui « semblent » mieux percer que moi la curieuse Helena.

Plongée libre

C’est donc en « roue libre » et débarrassé des lourdeurs du texte que j’ai poursuivi la découverte de l’exposition. La série « Pintura Habitada » où se mêlent peinture, photographie et autoportrait m’emporte. Le bleu profond qui tente de dissimuler la photo m’interpelle. Helena semble vouloir effacer sa propre présence sous une couche de peinture électrique. C’est le contraire qui se produit car elle habite totalement le cadre. Troublant, captivant.

Pintura Habitada (1976) © Helena Almeida

Ballet photographique

Je contemple longtemps la série « Saida negra » où Helena joue avec la matière et met une nouvelle fois son corps en scène avec une certaine volupté. On a la sensation que la main danse d’un cadre à l’autre avec une beaucoup de sensualité.

Saida Negra (1995) © Helena Almeida

Ma découverte se poursuit avec la série « Seduzir », la bien nommée. Une approche poétique du corps hypnotisante. Cette production récente mêlant performance et chorégraphie m’a profondément touché.

Seduzir (2002) © Helena Almeida

La dernière salle nous offre un véritable ballet photographique. Le corps de la photographe se met à danser sur cette fresque d’une vingtaine d’images en noir et blanc. Je suis resté un bon moment à contempler le corps de l’artiste qui « habite » la galerie. On ressent la présence d’Helena Almeida, littéralement.

Dentro de mim (1998) © Helena Almeida

Des centaines de pages d’articles en tous genres vous expliqueront de manière approfondie ce qui se cache derrière la complexité des œuvres d’Helena Almeida. J’ai fait le choix d’abandonner le texte pour m’offrir cette liberté d’imaginer, d’interpréter. Cette exposition pourrait bien vous saisir, vous laisser un véritable souvenir, que vous ayez choisi de la vivre intimement, ou académiquement.

Maintenant, c’est à vous de voir…

Jonathan Lang